Quels risques avec les prothèses pour incontinence urinaire et prolapsus ?

Publié le 4 Fév, 2019 par Dr J. Bron
bandelette-incontinence-urinaire

Avec l’affaire récente des « implant files« , révélée par le consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), de nombreuses patientes ayant été opérées ou devant être prochainement opérées d’incontinence urinaire ou de prolapsus génital (descente d’organe) avec mise en place de prothèse(s) s’interrogent. Quels risques encourent-elle ? Ces inquiétudes sont-elles justifiées ? Quelles sont les mesures éventuelles à prendre ? Ces interrogations sont légitimes et il m’a semblé utile d’effectuer une synthèse des informations disponibles.

Que sont les prothèses en chirurgie de l’incontinence urinaire ou des prolapsus ?

Les prothèses ou bandelettes synthétiques sont utilisées depuis plus d’une vingtaine d’années pour renforcer les tissus défaillants et corriger l’incontinence urinaire et les prolapsus. Elles ont transformé le déroulement et les résultats de ces interventions chirurgicales. Ainsi, les bandelettes sous-urétrales, utilisées pour le traitement de l’incontinence urinaire d’effort, ont profondément modifié le déroulement de cette chirurgie. En effet, avant l’avènement des techniques de bandelettes, ces interventions nécessitaient habituellement entre 3 et 6 jours d’hospitalisation. De même les résultats qui se dégradaient en moyenne au bout de 3 à 5 ans sont devenus très fiables dans le temps avec plus de 85% de bons résultats persistants, avec une dizaine d’années de recul.

Ainsi, depuis 1998, date de la première implantation en France d’une bandelette pour incontinence urinaire d’effort, ce type d’intervention est devenu le « standard ». De plus, aujourd’hui, ces interventions de pose de bandelette se pratiquent le plus souvent en ambulatoire ou en hospitalisation de très courte durée. Leurs résultats sont très stables dans le temps, avec des études ayant plus d’une dizaine d’années de recul.

Plusieurs types d’interventions utilisent des prothèses

Pour ce qui concerne la chirurgie uro-gynécologique, donc le traitement de l’incontinence urinaire et des prolapsus génito-urinaires, il est nécessaire de distinguer trois types d’interventions différentes :

  • D’une part les interventions où l’on pose une prothèse ou bandelette pour incontinence urinaire. Ce type de prothèse est posée par voie vaginale, lors d’interventions souvent appelées « TVT » ou « TOT ».
  • D’autre part les interventions de pose de prothèses pour prolapsus par voie abdominale (voie ouverte ou cœlioscopique),
  • Enfin les interventions de pose de prothèses pour prolapsus, par voie vaginale.

Toutes ces prothèses partagent des propriétés communes : elles sont constituées de matériaux synthétiques ayant une structure tissée ou tricotée, le plus souvent composée de polypropylène ou de polyester.

Quelles complications et avec quelle fréquence ?

Les complications des bandelettes pour incontinence urinaire ou prolapsus pelvien sont diverses et variées et leur gravité est également variable. Les documents d’information édités par l’Association Française d’Urologie (AFU) indiquent les différents risques liés :

La fréquence exacte des complications des prothèses utilisées en chirurgie de l’incontinence et des prolapsus est difficile à évaluer. La principale raison est que les événements indésirables sont déclaratifs et à l’initiative des médecins qui prennent en charge les patientes. Les statistiques déclaratives ne sont donc pas exhaustives. A titre d’exemple, concernant la matério-vigilance, l’ANSM. rapporte des chiffres très faibles avec :

  • Pour les prothèses de renfort pelvien (toutes voies d’abord), 47 déclarations d’incidents entre 2012 et juillet 2018 , sachant qu’environ 18 000 prothèses de ce type sont posées chaque année en France. Sur ces 47 incidents, seuls 17 concernaient des conséquences directes sur les patientes.
  • Pour les bandelettes sous-urétrales, 122 incidents signalés sur la même période, dont 29 décrivant des effets survenus chez les patientes, alors que plus de 30 000 dispositifs de ce type sont vendus en France chaque année.

Malheureusement, les enquêtes réalisées, en particulier celle effectuée de façon prospective par l’AFSSAPS en France en 2005, ne permettent pas toujours de distinguer les choses. En effet, la part des complications liés aux prothèses pour incontinence et celle liée aux prothèses pour prolapsus par voie vaginale ou abdominale n’est pas facilement identifiable. La tolérance de ces prothèses semblait néanmoins excellente puisque 97% des patientes opérées n’avaient aucun problème.

Le cas des prothèses pour prolapsus par voie vaginale

Plusieurs publications incriminent de façon plus spécifique les prothèses posées par voie vaginale pour la cure des prolapsus. C’est d’ailleurs aux Etats-Unis que la publication de la FDA en 2011 a fait scandale et a entraîné l’arrêt de fabrication des principales prothèses et donc la forte diminution de ces interventions, en raison d’un nombre significatif de complications : érosions vaginales, infections, douleurs et dyspareunie. Par conséquent, la pose de prothèse de renfort par voie vaginale en cas de prolapsus est actuellement controversée. Il faut cependant savoir que de nombreux chirurgiens pratiquant ces interventions n’ont pas eu de problème avec ce type de prothèse par voie vaginale. Il y a donc peut-être aussi un facteur lié à la formation et à l’expérience des chirurgiens poseurs.

Cette controverse actuelle ne concerne donc pas la chirurgie de l’incontinence urinaire d’effort par bandelette sous-urétrale (qui se pose par voie vaginale également), ni la chirurgie des prolapsus par voie abdominale (ouverte ou cœlioscopique), mais uniquement la chirurgie des prolapsus par voie vaginale.

Quelles mesures de précaution ont été prises ?

En France, l’ANSM réalise des actions de surveillance telles que :

  • L’enquête réalisée en 2016 auprès de 243 établissements de soins. Entre le 1er octobre et le 31 décembre 2016, le taux de complications observé était de 1,43%,
  • L’étude VIGIMESH, co-financée par l’ANSM et pilotée par le CHU de Poitiers, destinée à étudier les risques liés aux interventions de cure de prolapsus par voie vaginale, avec ou sans prothèse de renfort pelvien. Les résultats définitifs de cette étude sont attendus pour fin 2019.
  • La surveillance des processus de fabrication des dispositifs utilisés.

Une réunion de concertation sur le traitement des prolapsus pelviens et de l’incontinence urinaire a été organisée par l’ANSM le 22 janvier 2019. Cette réunion a rassemblé les patients, les associations de patients, les professionnels de santé (urologues, gynécologues, médecins généralistes, sages-femmes, kinésithérapeutes) et les autorités de santé. Le compte-rendu de cette réunion est disponible sur cette page.

Que faire en cas de doute ? En cas de suspicion de complication ?

Le premier conseil que l’on peut donner est d’aller consulter à nouveau le chirurgien qui a effectué l’intervention. Il ou elle est très certainement la personne la plus à même de ré-évaluer la situation et de répondre aux questions relatives à l’intervention et ses éventuelles conséquences. S’il n’est pas possible de revoir le chirurgien qui a réalisé l’intervention ou si cette consultation n’est pas concluante, il faut consulter un autre spécialiste et si possible, disposer du compte-rendu opératoire de son intervention, comportant, idéalement, les références précises de la ou des prothèses posées. Chaque cas est différent et le praticien aura besoin d’un maximum d’informations concernant :

  • d’une part l’intervention au cours de laquelle une bandelette pour incontinence ou prolapsus a été posée,
  • et d’autre part, tous les éléments permettant d’apprécier la situation AVANT l’intervention ainsi que les éventuels facteurs de risques de complications.

Dans tous les cas, il faut savoir que l’ablation d’une prothèse pour incontinence ou pour prolapsus n’est pas une intervention chirurgicale facile. En effet, ces prothèses ont tendance à s’intégrer au sein des tissus lors de la cicatrisation et l’ablation totale est parfois très difficile, voire impossible, à réaliser. Il n’est donc pas question de tenter de retirer ces bandelettes par simple mesure de précaution, mais uniquement en cas de complication et de nécessité absolue.

Complication ou conséquence ?

Parfois, la persistance ou l’apparition de symptômes, en particulier urinaires, après une intervention pour incontinence urinaire ou prolapsus, n’est pas synonyme de complication. En effet, certaines situations sont complexes et ne peuvent être toujours totalement résolues avec une intervention. Par exemple, en cas d’hyper-activité vésicale, des traitements médicamenteux existent et peuvent contribuer à améliorer voire guérir des symptômes résiduels. Ceci est surtout vrai lorsqu’il y avait avant l’intervention une incontinence dite mixte, c-a-d associant des fuites à l’effort et des fuites par impériosité (ou hyper-activité vésicale). Plus de détails sur notre page consacrée à l’incontinence urinaire.

Et quels risques pour les futures opérées ?

Vous envisagez d’être opérée d’une incontinence urinaire d’effort par pose d’une bandelette sous-urétrale par voie trans-obturatrice ou rétro-pubienne (intervention de type « TVT » ou « TOT ») ou d’un prolapsus génito-urinaire avec mise en place d’une bandelette prothétique. Sachez que ces interventions sont, dans la très grande majorité des cas, très sûres et à l’origine d’un faible taux de complications. Les risques ne sont cependant pas nuls. Ainsi, toute intervention chirurgicale expose à des risques, qu’ils soient liés ou non à la pose de prothèse elle-même. Seule l’utilisation de prothèse de renfort par voie vaginale pour la chirurgie des prolapsus fait actuellement l’objet de discussions et de mises en garde.

Pour en savoir plus sur les interventions proposées en cas d’incontinence urinaire ou de prolapsus, veuillez consulter notre page consacrée à la chirurgie de la vessie.

Vous pouvez également consulter directement les fiches de l’AFU déjà mentionnées plus haut :

En conclusion

Les prothèses ou bandelettes synthétiques pour incontinence urinaire et prolapsus sont utilisées depuis plus de 20 ans en France. Elles sont globalement à l’origine d’un faible nombre de complications. Il s’agit donc de techniques chirurgicales sûres. Les patientes opérées et n’ayant aucun symptôme gênant peuvent être tranquilles et profiter sans arrière-pensée du confort apporté par ces bandelettes. Toutefois, rappelons que toutes les interventions comportent des risques, qui sont discutés lors de la consultation avec le chirurgien.

Seules les prothèses pour prolapsus posées par voie vaginale semblent poser un problème, avec un taux de complications jugé actuellement trop important. Ainsi, ce risque justifie la recommandation actuelle de ne plus utiliser cette technique et de préférer, pour le traitement des prolapsus génito-urinaires, soit une chirurgie par voie vaginale sans prothèse, soit une chirurgie avec prothèse, mais par voie abdominale, appelée la promonto-fixation, idéalement réalisée par cœlioscopie.

Les bandelettes pour incontinence urinaire (bandelettes sous-urétrales type « TOT » ou « TVT ») ne sont pas concernées par la mise en garde ci-dessus et continuent d’être posées, avec d’excellents résultats, dans la très grande majorité des centres où l’on pratique la chirurgie de l’incontinence urinaire.

D'autres articles sur le même thème : Actualités Urologiques | Incontinence urinaire | Technique chirurgicale

14 Commentaires

  1. HUSSON-GARCIA

    j ai des douleurs à la hanche, et pelviennes regulieres. j ai une bandelette tot. dois je me faire réexaminer ?

    Réponse
    • Dr Bron

      Bonjour,
      Il n’est pas possible de vous répondre de façon formelle, les douleurs pelviennes et de hanche pouvant n’avoir aucun rapport avec votre bandelette TOT. Dans le doute, il est peut-être plus prudent de revoir le chirurgien qui a posé votre bandelette.

      Réponse
  2. Medard Christine

    Moi après 14 ans après la pose de la bandelette, aujourd’hui je suis obligée de me faire opérer pr l’enlever.
    Elle s’est déplacée et tombe ds le vagin et me fait souffrir terriblement

    Réponse
    • Dr Bron

      Votre exemple confirme que bien qu’elles soient rares, ces complications existent, elles peuvent être douloureuses et parfois nécessiter une réintervention chirurgicale.

      Réponse
      • delphine rabito

        Bonsoir ça fait 2 ans que j ai eu une intervention TVT et après 1 an ablation d une partie de celle ci car douleur et maintenant vessie enflammée tout le temps envie d uriner et très gênant a vivre au quotidien je n ai que 46 ans je suis désespérée

        Réponse
        • Dr Bron

          Bonjour,
          Il est difficile de vous donner un avis sur votre cas particulier tel que vous le décrivez. Il faut certainement refaire le point avec le chirurgien qui vous a posé/enlevé la bandelette. Des explorations complémentaires sont peut-être à envisager afin de comprendre et de traiter les symptômes que vous décrivez.

          Réponse
  3. Desouches Janine

    Une bandelette depuis plus de 20 ans, aujourd’hui elle a transpercé la vessie , je dois me faire opéré. Quels en sont les risques?

    Réponse
    • Dr Bron

      Bonjour,
      Il est difficile de répondre à cette question précisément dans un message comme celui-ci.
      En effet, les risques peuvent varier selon le type de bandelette concernée, la technique de pose initialement utilisée, la voie d’abord envisagée pour la réparation, entre autres facteurs. Si vous savez que la bandelette a transpercé la vessie, c’est que le diagnostic a été posé par un urologue. Celui-ci sera donc la personne la plus qualifiée pour répondre à votre question précisément.

      Réponse
    • GLTOT

      Et en cas de souci sur TOT, qui voir quand le chirurgien refuse de considérer l’opération comme un échec (opération pour IUE et désormais handicap à la marche + imperiosites)?
      Personne ne semble au courant des complications alors que dans les forums des dizaines de femmes partagent les mêmes complications. Existe-t-il une liste des lieux/spécialistes où le diagnostic pourrait être fait honnêtement et p rendre en compte l’éventualité de retirer la bandelette?
      Merci de votre retour

      Réponse
      • Dr Bron

        Bonjour,
        Votre question est ambiguë car la notion d’échec de TOT est définie habituellement par la persistance ou la réapparition à brève échéance, de fuites à l’effort. En effet il est possible d’avoir une complication de la bandelette (érosion, par exemple) mais malgré tout un bon résultat sur les fuites à l’effort. Pour autant, cela peut justifier de discuter d’enlever la bandelette en partie ou en totalité si la complication est gênante voire handicapante.
        Les chirurgiens qui posent des bandelettes sont en principe parfaitement au courant des complications possibles.
        Une discussion avec le chirurgien qui a posé la bandelette est toujours souhaitable en 1ère intention. Si le dialogue n’est pas possible ou si la solution proposée n’est pas satisfaisante, il ne faut pas hésiter à prendre un second avis. Le chirurgien poseur peut parfois suggérer un second avis hyperspécialisé. Le médecin traitant aussi. Dans ces situations complexes, il est habituel de s’orienter vers un service spécialisé en CHU, mais ce n’est pas la seule option possible.

        Réponse
    • Delis Di Meglio

      Bonjour ! En 2003 on m à posé une bandelette, pour prolapsus de la vessie. Tout allait bien, jusqu a ce que mon incontinence revienne, a ce jour (2020)pensez vous qu il faille me la retirer ?la changer ? Merci !

      Réponse
      • Dr Bron

        Bonjour,
        Vous évoquez une pose de bandelette pour prolapsus de la vessie. C’est différent d’une bandelette pour incontinence urinaire. Les deux problèmes (prolapsus de vessie et incontinence urinaire d’effort) peuvent coexister ou être présents de façon indépendante. La réapparition d’une incontinence urinaire ne signifie pas qu’il faut retirer la ou les bandelettes. Il faut revoir le chirurgien qui vous l’a posée, de façon à ce qu’il ou elle évalue la situation précisément et détermine qu’elle est la meilleure solution à vous proposer.

        Réponse
  4. LOUBRIEU

    Bonsoir,
    J’ai été opérée il y a 3 ans par mon gynécologue, pour une cure de prolapsus, avec cystocèle, rectocèle et sacrospinofixation de type de Richter. Bandelette TVTO. Aujourd’hui mon uretre me fait souffrir. Je recherche un chirurgien urologue dans l’Ouest de la France qui sait opérer pour une ablation de cette bandelette. Mon médecin traitant me conseille d’avoir l’avis d’un urologue mais n’en connait pas lui-même à me conseiller. Ou peut on trouver cette information ? Merci

    Réponse
    • Dr Bron

      Bonjour madame,

      Il est surprenant que votre médecin traitant de connaisse pas d’urologue à vous conseiller. La plupart des chirurgiens urologues sont en principe en mesure d’effectuer l’ablation d’une bandelette.
      Vous trouverez la liste des chirurgiens urologues de votre département sur le site de l’assurance maladie (ameli.fr) ou sur le site du conseil de l’ordre des médecins ou encore la liste des urologues membres de l’Association Française d’Urologie sur le site urofrance.org.

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Pin It on Pinterest

Partager